31. mars 2023

Actualité

Brésil : Les autochtones Tupinambá demandent la reconnaissance de leur territoire

Demarcation Cacique Brás

La communauté autochtone des Tupinambá a établi un rapport afin d’exposer leur droit historique sur le territoire du Bas-Tapajos en Amazonie. Ce document se trouve maintenant entre les mains de l’autorité autochtone étatique, la FUNAI : une étape décisive pour la reconnaissance de leur territoire par l’Etat. Leur visite auprès de la FUNAI leur a toutefois permis de constater que la politique destructrice de l’ancien président d’extrême droite, Jair Bolsonaro, se ferait sentir pendant longtemps encore.

Les Tupinambá ont déposé la semaine dernière un rapport auprès des autorités des affaires autochtones, la FUNAI. Celui-ci a notamment pour objectif d’expliquer le lien qu’entretiennent les Tupinambá avec leur territoire ; il tient lieu de document de base permettant la reconnaissance et la dénomination du territoire en tant que « Terra Indígena ». Afin d’établir ce rapport, les Tupinambá ont collecté des données géographiques et autres informations sur leur territoire. Ces données ont été traitées par un groupe de travail composé de scientifiques et de chef·fe·s des Tupinambá, en collaboration avec l’organisation autochtone du Tapajos CITUPI : « Ce rapport contient des données de géoréférencement ainsi que des renseignements anthropologiques et socio-écologiques sur le territoire des Tupinambá relatifs aux cours d’eau, aux forêts et aux frontières territoriales. »

L’histoire du territoire des Tupinambá

Les Tupinambá vivent dans 25 villages sur le territoire le long du fleuve du Bas-Tapajos et comptent aujourd’hui quelque 4000 membres. Ils·elles retracent le lien historique qui existe entre leur communauté et ce territoire à l’appui de récits et de découvertes archéologiques : « Nous pouvons affirmer notre relation étroite avec l’arbre Kapok et les Encantados [« êtres humains et non humains qui habitent dans des lieux sacrés, veillent sur nous et nous protègent pour que nous puissions assurer notre survie »] et constater que nos ancêtres habitaient déjà depuis des millénaires sur ce territoire. Les Terras Pretas, habitats situés au cœur de la forêt et sur les cours supérieurs des plus petites rivières et torrents, servaient de lieu de refuge en temps de guerre et d’homicide. Nous sommes des survivant·e·s qui avons résisté aux diverses attaques de génocide de la part de la ‘civilisation’ européenne, qui nous envahit depuis plus de 500 ans. »

Fort est de constater que les Tupinambá sont menacé·e·s depuis bien longtemps. Sous Bolsonaro, la menace avait pris une ampleur nouvelle : « Durant ces dernières années, en particulier avec le gouvernement de Bolsonaro, nous avons connu une hausse inquiétante de l’activité d’exploitation minière, surtout dans les territoires où habitaient traditionnellement les peuples autochtones et groupes de population traditionnels et sur lesquels il était interdit avant de pratiquer l’exploitation minière. Chaque année, des tonnes de mercure sont déversées dans la région moyenne et supérieure du fleuve du Tapajos, à cause de la prolifération des exploitations minières. »

FUNAI : une organisation porteuse d’espoir mais dans de mauvaises conditions

Pour déposer ce rapport, une délégation de Tupinambá s’est rendue au siège de la FUNAI à Brasilia. La FUNAI doit maintenant accréditer ce rapport, le transmettre au ministère de la justice afin que le territoire soit reconnu comme « Terra Indígena ». Le processus de reconnaissance peut durer des années mais les attentes vis-à-vis de la FUNAI sont grandes. Les Tupinambá écrivent : « L’entrée en fonction historique de [Joênia Wapicharas] au poste de présidente de la FUNAI signifie pour nous tous, peuples autochtones du Brésil, qu’il nous est enfin possible de participer légitimement à la politique qui concerne nos territoires, nos cultures et nos vies. »

Avec ses premières décisions présidentielles, Lula a éveillé l’espoir des populations autochtones d’être enfin impliquées dans les décisions politiques. Il a créé un ministère pour les autochtones et nommé ministre une autochtone et partenaire de la SPM, Sonia Guajajara. La FUNAI se trouve désormais sous la houlette du nouveau ministère et obtient ainsi plus de poids.

Mais la visite auprès de la FUNAI a aussi montré une chose : les conséquences de la politique de Bolsonaro se feront sentir encore durablement. Bolsonaro a sapé structurellement les droits des autochtones. La FUNAI a délivré en masse des licences pour l’exploitation minière sur les territoires autochtones au lieu de protéger ces zones. Elle n’a plus reconnu aucun territoire autochtone, et a cessé toutes les procédures de démarcation de territoire. En outre, les subventions attribuées à la FUNAI ont été réduites, les ressources en personnel très limitées car toutes les procédures de recrutement ont été interrompues sous Bolsonaro. Résultat : la FUNAI n’a quasiment plus de ressources pour prendre en charge tout ce qui a été arrêté sous Bolsonaro.

La lutte en faveur des droits autochtones doit continuer

Les communautés autochtones doivent continuer de revendiquer leurs droits, sous Lula aussi. Les structures permettant leur participation politique ne fonctionnent pas assez bien. La FUNAI et le gouvernement brésilien font face à une tâche de grande ampleur : à savoir réorganiser les structures politiques, avec un minimum de ressources. Mais les Tupinambas ne baissent pas les bras et espèrent toujours de pouvoir obtenir de profonds changements. Avec leur rapport, ils ont franchi une première étape pour que leur territoire soit reconnu officiellement et qu’il obtienne le statut de « Terra Indígena », la meilleure garantie pour protéger leur territoire durablement.

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