Le calvaire des femmes ouïghoures

Le régime chinois commet de graves violations des droits humains à l’encontre de la communauté ouïghoure, et particulièrement des femmes. Dans sa volonté d’éradiquer la culture ouïghoure, le gouvernement chinois semble recourir à des méthodes brutales visant à contrôler le corps des femmes. Dans le cadre de l’examen de la Chine de cette année, le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes a exprimé son inquiétude quant à la situation des Ouïghoures.

24-JAM00609 24-JAM00609

Enfermées dans une étroite cellule, Gulbahar Jalilova et une cinquantaine d’autres femmes ouïghoures devaient régulièrement passer un bras à travers une petite ouverture à même la porte pour se faire injecter une substance dont elles ignoraient tout. Au bout de quelque temps, elles constatèrent qu’elles n’avaient plus leurs règles. Jalilova a raconté cet épisode en 2019, sur la chaîne de télévision française France 24, lors d’un entretien au sujet de sa détention dans un camp de rééducation chinois où elle passa plus d’un an.

Mehrigul Tursun a vécu des actes de répression similaires visant spécifiquement les femmes dans un camp de rééducation chinois : lors de sa détention en 2017, elle a reçu un cocktail de médicaments. Aux Etats-Unis, où elle vit désormais, des médecins lui ont appris qu’elle avait subi une stérilisation. Gulbahar Haitiwaji, qui s’est rendue en Suisse sur invitation de la SPM en 2022 pour parler de son expérience dans les camps, elle a aussi parlé de ces stérilisations forcées.

La culture ouïghoure menacée

En contrôlant par la contrainte les naissances, le gouvernement chinois entend réduire à long terme le nombre d’Ouïghour·e·s. L’Etat soumet ainsi régulièrement les femmes ouïghoures, y compris à l’extérieur des camps de rééducation, à des contrôles de grossesse et oblige des centaines de milliers d’entre elles à recourir au stérilet, à la stérilisation et même à l’avortement.

Des documents officiels rendus publics confirment que le gouvernement chinois a ordonné aux autorités locales de punir les Ouïghoures et les femmes d’autres minorités refusant de se soumettre aux mesures de contrôle des naissances, en les internant dans un camp de rééducation. Aujourd’hui, un tel refus est même devenu le motif le plus fréquent pour interner les femmes ouïghoures.

Les conséquences sont là : des analyses indiquent que la croissance démographique au Turkestan oriental a reculé considérablement ces dernières années. Dans les deux principales préfectures ouïghoures, le taux de croissance a baissé de 84 % entre 2015 et 2018. Les femmes sont les plus fortement impactées par cette politique d’anéantissement de la population ouïghoure insidieuse qui cible directement leurs corps.

L’ONU préoccupée par cette situation

La question de l’oppression dirigée spécifiquement contre les femmes ouïghoures a également été abordée cette année dans le cadre de l’ONU. Outre les diverses méthodes utilisées pour contrôler les naissances, le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, a également parlé de mariages interethniques forcés des femmes ouïghoures et de violence sexuée dans les « centres de formation professionnelle pour Ouïghoures ».

Les femmes ouïgoures sont en outre soumises à d’énormes pressions pour aller travailler de force dans des régions éloignées de la Chine. Dans le cadre du programme de « lutte contre la pauvreté » ordonné par l’Etat, elles sont non seulement exploitées mais doivent également s’aligner sur la culture majoritaire de la principale ethnie en Chine, les Hans. Le gouvernement chinois prétend que ce programme repose sur la participation volontaire. Mais différentes sources mettent en évidence l’existence systématique de nombreux éléments de contrainte et indiquent que les Ouïghoures et les femmes d’autres minorités continuent d’être au centre des mesures de répression à l’égard des minorités.

Texte : Selina Morell
Photo : Rene Torres

Situation des femmes en Chine lors de la session du Conseil des droits de l'homme de l'ONU

A l’occasion d’un événement organisé le 28 septembre 2023 en marge de la 54e session du Conseil des droits de l’homme à Genève, la SPM, aux côtés du Congrès mondial ouïghour et de l’ONG genevoise International Service for Human Rights (ISHR), a abordé la situation des femmes en Chine. Quatre femmes ont témoigné des évolutions concernant les droits des femmes. Aux côtés de Pema Doma, une militante tibétaine de l’association Students for a Free Tibet, de Linda Wong, une avocate de Hongkong, et Faye Chen, une défenseuse des droits humains originaire de Chine, dont le nom a été modifié et le visage caché pour des raisons de sécurité, a également participé la Ouïghoure Zumretay Arkin, membre du Congrès mondial ouïghour.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez la sauvegarde de Cookies sur votre ordinateur. Plus d'information

Ok

Souscription à la newsletter

Notre newsletter vous informe sur les développements politiques actuels et sur l'engagement de la SPM et de nos organisations partenaires.

Prénom *
Nom *