Deutsch
Société pour les peuples menacés

Visite d’État du président russe Medvedev: Pas de tapis rouge sans langage clair

18.09.2009
La Société pour les peuples menacés (SPM), Amnesty International et Reporters sans frontières déplorent l’attitude du Conseil fédéral qui n’a toujours pas dit clairement s’il aborderait la question des droits humains en Russie avec le président Dimitri Medvedev. Les trois ONG demandent qu’un langage clair soit adopté sur le tapis rouge. Le Conseil fédéral doit en particulier dénoncer les graves attaques dont sont victimes les journalistes et les défenseurs et défenseuses des droits humains, l’impunité qui prévaut dans tout le pays et le blocage par la Russie du processus de réforme de la Cour européenne des droits de l’homme.
Ces dernières années, le gouvernement russe a de plus en plus restreint la liberté de la presse. « Les journalistes se retrouvent de plus en plus souvent dans le collimateur, la série des assassinats politiques ne s’interrompt pas. Avec ces attaques contre la presse, la société civile est réduite au silence », a déclaré Georg Hildebrand, porte-parole de Reporters sans frontières. Les militants en faveur des droits humains, le personnel des médias et les avocats sont constamment en danger, notamment en Tchétchénie, en Ingouchie et au Daghestan. Le meurtre de la célèbre militante des droits humains tchétchène Natalia Estemirova en juillet 2009 est la dernière d’une longue liste de victimes sur laquelle figurent l’avocat Stanislav Markelov, la journaliste Anastasia Baburova, tués au début de cette année et la journaliste Anna Politkovskaïa assassinée en 2006. En Russie, plus de 300 journalistes ont été tués au cours des 15 dernières années; bon nombre d’entre eux écrivaient sur la situation en Tchétchénie.

Mettre fin à l’impunité
Ces faits sont la conséquence de l’impunité. « Les autorités russes et tchétchènes détournent le regard plutôt que de traduire les coupables en justice. Le Conseil fédéral doit intervenir auprès du gouvernement russe pour que soient menées des enquêtes sur ces meurtres. Les responsables doivent clairement rendre des comptes pour leur actes », a déclaré Manon Schick, porte-parole d’Amnesty International. « Le Conseil fédéral doit clairement montrer au président Dimitri Medvedev que la Suisse attend de son gouvernement qu’il protège efficacement les militants des droits humains. »

La Russie bloque la réforme de la Cour européenne des droits de l’homme
Lors de la visite d’État, le Conseil fédéral doit mettre sur la table la lancinante question de la réforme de la Cour européenne des droits de l’homme, qui est aujourd’hui totalement surchargée de dossiers. Un protocole additionnel à la CEDH a été adopté en 2004 déjà, qui permettrait une nécessaire simplification des procédures. 46 États membres du Conseil de l’Europe l’ont ratifiée à ce jour, la Russie est le seul à ne pas l’avoir fait, empêchant ainsi son entrée en force.

« La Russie est le pays contre lequel le plus grand nombre de plaintes pour violation des droits humains sont déposées à Strasbourg. Elle est ainsi l’une des principales raisons de l’engorgement de la Cour », a déclaré Franziska Stocker, responsable de la communication de la Société pour les peuples menacés. « La Russie a été condamnée à de très nombreuses reprises mais elle ne se plie pas aux décisions de la Cour européenne et refuse de mettre en œuvre ses recommandations. »

La Suisse prendra le 18 novembre prochain la présidence du Conseil de l’Europe, pour six mois. L’un des événements marquants de cette présidence sera la Conférence ministérielle de février 2010 à Interlaken, au cours de laquelle sera traitée la question de la réforme de la Cour européenne des droits de l’homme. Les procédures doivent être simplifiées et la lutte contre les violations des droits humains doit être renforcée au niveau des États.

Communiqué de presse commun de la Société pour les peuples menacés, Amnesty International et Reporters sans frontières